En juin 2004, au cours de notre premier colloque, j'ai pu présenter un bilan positif du premier projet CESAR, financé par le Arts and Humanities Research Council, qui touchait à sa fin. Le premier projet était la création de la base de données. Les objectifs définis par Barry Russell avaient été atteints presque intégralement :
Au-delà des objectifs approuvés par le AHRC, nous avions d'autres réussites :
Il faut avouer que certaines ambitions sont restées inachevées :
Mais, chose très importante, la mission fondamentale de CESAR (et je cite la formule qu'on trouve à la page d'accueil du site), celle d'être « un projet collectif, une aire de travail collective, où chacun est invité à contribuer ses connaissances, et qui est mis à la disposition de tous, étudiants, spécialistes, chercheurs et amateurs autour du globe », a été assurée par la mise en place d'un système d'accès privilégié à la base de données pour les spécialistes désireux d'intégrer eux-mêmes les résultats de leurs recherches. Ces « priv+ », actuellement au nombre de dix-neuf, ont déjà entré plusieurs milliers de données. Puis, la formation d'un conseil d'administration et d'un comité éditorial, composés tous deux de spécialistes du théâtre actifs dans plusieurs pays, garantit que CESAR reste une ressource au service de la communauté scientifique internationale et que la base répond aux besoins de cette communauté.
Depuis la fin du premier projet, la base de données existe dans le cyber-espace, visible et accessible à tous, alimentée par ses collaborateurs bénévoles mais sans programme de développement (à l'exception de ce que j'ai pu faire pendant mes heures de loisir).
En mai 2004, trois semaines avant le colloque, j'avais reçu une lettre confirmant que ma demande d'une nouvelle subvention auprès du AHRC avait été agréée. C'était le projet CESAR IMAGES. J'avais proposé la création d'une banque d'images liée à la base de données mais essentiellement indépendante. Elle devait contenir jusqu'à 2000 images créées avant la fin du XVIIIe siècle, tirées de livres appartenant aux collections d'un petit nombre de bibliothèques qui nous avaient déjà accordé la permission de les reproduire. Chaque image devait être accompagnée de sa propre fiche descriptive et un moteur de recherche devait permettre à l'utilisateur de récupérer les images qui l'intéressaient selon des catégories précisées, ou bien selon des critères plus larges, c-à-d tous les mots et même les dates contenus dans toutes les fiches descriptives.
Le projet CESAR IMAGES a démarré le 1 octobre 2004. Nous avons passé cinq mois à :
| Affiche | |
| Décor | la scène, y compris proscenium, le rideau, les machines |
| Frontispice | |
| Page de titre | |
| Partition | il se peut qu'une section musicologique soit ajoutée à CESAR un jour mais pour le moment nous avons trois pages de partition |
| Portrait | personne réelle et identifiable |
| Scène tirée d'une oeuvre | |
| Théâtre | toute partie d'un lieu de représentation à l'exception de la scène (orchestre, parterre, loges, foyer, façade, quartier, Foire St Germain) |
| Type/caractère | les types de la comédie italienne mais aussi le médecin typique, le soldat, etc. |
| Type d'artiste | ex : danseur à l'Opéra |
| Vignette |
La banque d'images a été ouverte au grand public en février 2005 et depuis, elle ne cesse de croître. Des liens vers la base de données permettent à ceux qui cherchent des informations sur, par exemple, Quinault, de trouver aussi des portraits de l'auteur, des scènes tirées de ses pièces, des pages de titre des éditions de ses ouvrages, etc.
Nous avons entamé des négociations avec des bibliothèques dans plusieurs pays pour trouver de nouvelles sources d'images. Dans tous les cas, ces négociations ont abouti. J'ajouterais que j'ai été frappé, pour ne pas dire ému, par la générosité des dirigeants et du personnel des bibliothèques et des musées où nous avons pris nos photos. Non seulement on ne nous a jamais demandé de payer des droits de reproduction, de filigraner les images numérisées, ni de limiter la période d'exposition sur le Web, mais les bibliothécaires et les conservateurs nous ont épargné beaucoup de travail en dépouillant eux-mêmes leurs catalogues pour trouver les meilleures éditions, en nous donnant des conseils précieux et souvent en cherchant pour nous à l'avance dans les magasins les livres et les estampes sélectionnés. Je remercie chaudement toutes ces bibliothèques et musées :
- La Bibliothèque de l'Institut Taylorien, Oxford
- La Bibliothèque du Trinity College, Dublin
- La Harvard Theatre Collection
- La John Rylands Library, Manchester
- La Bibliothèque de l'Université de Montréal
- L'Ashmolean Museum, Oxford
- La Bibliothèque Historique de la Ville de Paris
- Le V&A Theatre Museum de Londres
- La Bibliothèque de l'UQAM
ainsi que quelques particuliers qui nous ont permis d'afficher des images prises dans leurs collections privées.
Le bilan du projet CESAR IMAGES est excellent. L'objectif, comme je l'ai précisé auparavant, était d'atteindre un corpus de 2000 images au cours des deux ans subventionnés. En fait, nous avons déjà mis en ligne plus de 2500 images. Compte tenu du nombre d'images en attente d'être téléchargées, on peut affirmer que le total s'élévera vraisemblablement à plus de 3500 d'ici la fin du mois de septembre.
Comme pour le premier projet, nous avons formulé d'autres objectifs :
La plupart de ceux qui consultent la banque d'images ont des requêtes spécifiques. Nous sommes ravis de pouvoir les aider. Vous faites des recherches sur la représentation de l'éléphant dans l'iconographie théâtrale ? On peut vous trouver des éléphants … ou des singes, des lions, des chameaux, même des perroquets. (Fig. 1,2,3)
![]() Fig. 1 |
![]() Fig. 2 |
![]() Fig. 3 |
On peut vous aider à faire des comparaisons instantanées, ce qui serait difficile s'il fallait dépendre uniquement des bibliothèques. Prenons l'exemple de La Mariane de Tristan. En 1637, Courbé publie la première édition avec un beau frontispice exécuté par Bosse. Deux ans plus tard, pour La Mort des enfants d'Hérode ou la Suite de la Mariane de La Calprenède, le même éditeur fait remanier le frontispice, remplaçant Mariane par un des fils d'Hérode, Alexandre. (Fig. 4, 5)
![]() Fig. 4 |
![]() Fig. 5 |
Très bien, mais malheureusement la même année il décide de faire réimprimer La Mariane de Tristan. Les planches ne se prêtent pas facilement à un deuxième remaniement et voici Mariane qui maintenant ressemble drôlement à Alexandre, sa féminité indiquée seulement par son collier de perles, son voile et une coiffure un petit peu étrange. (Fig. 6)

Fig. 6
Nous avons de très belles images, qui « valent le détour ». (Fig. 7, 8)
![]() Fig. 7 |
![]() Fig. 8 |
Nous avons aussi des curiosités théâtrales comme par exemple cette affiche annonçant un spectacle en 1739 à Bruxelles où paraît un certain Ferguson, Anglais « qui fait un Exercice extraordinaire qui n'a jamais parû dans cette Ville, il enlevera aujourd'huy deux Personnes sur son Estomach étant en souplesse, & Sonnera de la Trompette. » (Fig. 9)

Fig. 9
Ou ceci, la couverture passe-partout dans laquelle Mme Sédille « qui tient abonnement et cabinet de lecture, Boulevard du Temple » enveloppait les pièces de théâtre qu'elle louait à 2, 3, 4 ou 5 sous vers la fin du XVIIIe siècle. (Fig. 10)
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| Fig. 10 | |
À la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris nous avons trouvé un jeu de cartes, le « Jeu des Familles ». Les cartes, une centaine, sont très petites (3,5 x 5,5 cm) et chacune représente le portrait d'un acteur ou d'une actrice. Les messieurs posent des questions, les dames donnent des réponses. Si vous connaissez ce jeu et pouvez nous en expliquer la règle, vous êtes priés de partager vos connaissances avec nous. (Fig. 11)
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| Fig. 11 | |
Oui, le bilan du projet CESAR IMAGES est positif à maints égards. Mais les perspectives ? L'an dernier, j'ai fait une demande de financement pour un programme de recherche visant à étendre le champ d'intérêt de CESAR aux spectacles extra-théâtraux, notamment les spectacles royaux sacres, mariages, entrées, carrousels et autres fêtes, etc. La semaine dernière, la réponse m'est parvenue et je peux confirmer que le dicton « Jamais deux sans trois » ne s'applique qu'aux désastres. Ma proposition n'a pas été retenue, donc pas de financement pour 2006-07. Par conséquent, à partir du 1er octobre 2006, il n'y aura pas d'équipe CESAR proprement dite, mais Brookes s'est engagé à entretenir le site pour au moins quinze mois à un niveau minimal sur le plan technique et administratif. C'est à dire que la base de données et la banque d'images restent accessibles à tous, que nos collaborateurs bénévoles peuvent continuer à intégrer eux-mêmes les résultats de leurs recherches, qu'il y aura quelqu'un pour répondre aux demandes de renseignements, aux propositions de modifications de données et autres emails (dont nous recevons plusieurs par semaine) et quelqu'un pour régler la « mécanique » du site s'il le faut. Il n'y aura pas de programme de développement, d'extension du site pour le moment, mais Brookes va s'efforcer de trouver une nouvelle subvention qui permette à CESAR de reprendre le travail.
Après cinq ans d'activité dynamique, CESAR va donc ralentir sa marche pour quelque temps, mais nous espérons qu'il recommencera ses conquêtes dans un proche avenir.