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Leris - Origine

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O R I G I N E
Des différens Théatres établis à Paris.

SELON plusieurs Auteurs, les Gaulois & les Francs avoient des Jeux & des Spectacles pour l'exercice du corps & celui de l'esprit. On place ensuite en France l'origine des Histrions , Farceurs , ou Bouffons au tems de la premiere race de nos Rois ; mais ce qu'il y a de bien certain à cet égard, c'est que Charlemagne les supprima par une Ordonnance de 789, à cause de l'indécence de leurs jeux.

Cette défense donna lieu à un abus encore plus condamnable, car le peuple, toujours empressé pour le spectacle, sous le prétexte de célébrer la Fête des saints, vit représenter les Farces jusques dans les Eglises ; & même dans quelques-unes on jouoit, sous le nom de la Fête des Foux, les bouffonneries les plus sacrileges, & l'on chantoit les chansons les plus libres.

Ce déréglement dura jusqu'en 1198, qu'Eudes de Sully, Evêque de Paris, censura par un Mandement ces profanations, & les réprima même en partie ; mais elles subsisterent jusqu'en 1444, que la Faculté de Théologie les ayant condamnées avec encore plus de vigueur, les Histrions furent chassés, & leurs Jeux abolis entierement.

Quelques Poëtes venus vers le milieu du douzième siecle, des provinces méridionales de la France, où ils étoient connus sous le nom de Trouvers ou Troubadours, ayant imaginé un genre de Poëme plus épuré, le mirent en action sous le nom de Chant, de Chanterel, de Pastorale, de Comédie, &c. & ces nouveaux spectacles, qu'ils représentoient eux-mêmes, & où l'oreille étoit affectée par la rime , & l'esprit & le coeur plus intéressés par le sujet, réussirent beaucoup.

Bientôt après aux Troubadours se joignirent des Chanteurs, qui mirent en musique leurs poésies, & des jongleurs qui les accompagnerent de leurs instrumens ; ce

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qui mit ce genre de spectacle, inconnu jusqu'alors, en si grande réputation, que toutes les Cours de l'Europe voulurent en avoir de semblables, les grands Seigneurs & les gens riches même les attirerent a l'envi chez eux, & n'épargnerent rien pour les animer.

Peu à peu la mauvaise conduite des Troubadours les ayant fait tomber dans le mépris, la mode en passa, & ils furent obligés de se disperser, sur-tout en 1382, après la mort de la Comtesse de Provence, qui les avoit extrêmement protégés. Cependant Philippe Auguste, qui avoit été le premier à les chasser de son Royaume, ayant été informé qu'ils s'étoient corrigés pour la plûpart, & que leurs jeux étoient plus épurés, les rappella, & les Rois ses successeurs les comblerent de graces dans les suites, mais pourtant les assujettirent à une police qui les contenoit. Ils se multiplierent, & il se forma en outre des Troupes sous le nom de Bateleurs, dont les jeux consistoient principalement dans les exercices du corps.

Sous le regne de Saint Louis, les Pelerins qui revenoient des Lieux saints se mirent dans le goût de réciter & de chanter publiquement dans les carrefours de Paris, les cantiques qu'ils avoient composés sur leurs voyages: de riches particuliers, édifiés de ces déclamations, se cottisèrent & acheterent un lieu situé de façon, que ces Pélerins puissent élever un théatre & y chanter leurs cantiques plus commodément. Ce projet fut à peine exécuté, qu'on s'imagina de mettre la plûpart de ces cantiques en action, sous le nom de MYSTERE, & le premier qui fut représenté publiquement, fut le Mystere de la Passion. Le peuple applaudit si fort à ce spectacle, qui s'étoit donné au bourg de S. Maur, & y revint avec tant d'affluence, que le Prevôt de Paris craignant que cet entousiasme ne dégénérât en fanatisme, rendit le 3 Juin 1398 une Ordonnance, portant défense de représenter à l'avenir ce Mystere, ni aucune Vie des Saints.

Charles VI, sollicité par ces nouveaux Acteurs d'accorder leur rétablissement, voulut, avant que de rien statuer, juger par lui-même d'un spectacle qui avoit déja tant fait de bruit, & il en sortit, dit-on, si satisfait, qu'il leur accorda le 4 Décembre 1402 des Lettres pour former

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un établissement, afin qu'ils fussent à l'abri de toute crainte. En vertu de ce privilege, les Pélerins, qui prirent alors le titre de Confreres de la Passion, se placerent à l'Hôpital de la Trinité, où ils représenterent, toutes les Fêtes & Dimanches, des Mysteres tirés du Nouveau-Testament ; & les Curés même voyant que ces spectacles étoient très-agréables au Public, avancerent l'heure des Vêpres, afin que tous leurs Paroissiens pussent s'y trouver.

Cet établissement fit un si grand bruit, que presque toutes les villes desirerent d'en former de semblables ; celles de Rouen, d'Angers & de Metz furent les premieres qui en fonderent : elles furent suivies par toutes les autres villes du Royaume, & malgré les guerres civiles, ces spectacles continuerent d'avoir la même réussite.

Comme dans la suite, cependant, la gravité de ces représentations de Mysteres commençoit à moins intéresser, les Confreres imaginerent de les entremêler de différens divertissemens : pour cet effet, ils s'associerent avec le Prince des Sots & ses sujets.

Ces Comédiens, ou pour mieux dire, ces Farceurs, s'étoient établis à Paris quelques années auparavant sous le nom d'Enfans sans souci : c'étoit des jeunes gens de famille, bien élevés, mais aimant l'indépendance & le plaisir, qui s'étoient formés en société. Ils avoient élu un Chef auquel ils avoient déféré le titre de Prince des Sots ou de la Sotise. lls réussirent d'autant mieux, qu'ils inventerent un genre de Farce qui renfermoit d'abord une critique fine & sensée des moeurs. Ils jouerent sur le Théatre de la Trinité jusqu'en 1540, avec le même succès. Mais les Confreres ayant été obligés de sortir de cette maison, ils louerent une partie de L'Hôtel de Flandre, s'y établirent, & y resterent jusqu'en 1543, que François I. ayant besoin de cette maison & de plusieurs autres qui l'environnoient, en ordonna la démolition ; ce qui leur fit prendre la résolution, afin de n'être plus obligés de déloger si souvent, d'acheter une partie de l'HOTEL DE BOURGOGNE (qui tomboit en ruine, & se trouvoit sans maître depuis la mort de Charles le Hardi, dernier Duc de Bourgogne, tué au siege de Nanci) d'y

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bâtir une salle avec un théatre, & d'y continuer leurs représentations ; ce qu'ils exécuterent. Ce bâtiment subsiste encore rue Françoise, & l'on y voit toujours sur la porte les instrumens de la Passion.

Quelque tems après, c'est-à-dire le 19 Novembre 1548, le Parlement confirma par un arrêt les privileges des Confreres de la Passion, mais à la condition expresse, de ne jouer à l'avenir que des sujets profanes, licites & honnêtes, & de ne plus entremêler dans leurs Jeux rien qui eût rapport aux Mysteres ou à la Religion, avec défenses à tous autres de s'immiscer en ces choses. La premiere disposition de cet arrêt les engagea à louer leur théatre à une Troupe de Comédiens, déja formée apparemment depuis que la Farce étoit à la mode, & ils se réserverent deux Loges, pour assister au Spectacle gratis ; c'étoit les plus proches du théatre, distinguées par des barreaux, & on les nommoit les Loges des Maîtres.

Il subsistoit encore à Paris vers ce même tems, un Spectacle presque aussi ancien que celui des Confreres de la Passion ; c'étoit celui des Clercs de la Basoche. Ces Clercs s'étoient rendus recommandables depuis long-tems par leurs poésies. Excités par les premiers succès des Mysteres, ils demanderent la permission de jouer aussi leurs ouvrages : mais le privilege exclusif dont les Confreres étoient déja en possession, ayant empêché qu'on ne la leur accordât, ils imaginerent un autre moyen. Ils composerent des pieces sous le titre de Moralités, dans lesquelles, en personnifiant les vertus & les vices, ils s'attacherent à faire estimer autant les premieres, qu'à rendre les autres odieux, & représenterent une de ces pieces avec toute la pompe imaginable, le jour de l'une de leurs fêtes. Les applaudissemens qu'ils reçurent les engagerent à continuer, ce ne fut d'abord que trois fois par an qu'ils donnerent de ces représentations, & toujours avec le même appareil, savoir le Jeudi d'après les Rois, le jour de la cérémonie du Mai dans la Cour du Palais, & la troisieme quelques jours après ; mais dans les suites ils saisirent toutes les occasions qui se présentoient, comme entrées des Rois & des Reines, victoires remportées sur les ennemis, naissances ou mariages des princes & Princesses, &c.

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A la représentation de leurs Moralités, les Basochiens ajouterent bientôt des Farces, qui étoient des especes de satyres.

Ils n'attaquerent d'abord que leurs camarades, mais s'enhardissant peu à peu, ils en vinrent au point de jouer les gens en place, de façon que leurs pieces furent bientôt des libelles diffamatoires, qui rendoient odieux au peuple les gens qui leur déplaisoient.

Cet abus, loin d'être réprimé, augmenta encore à cause des troubles ; chaque Chef de parti engageant les Basochiens à rendre défavorables ceux qui leur étoient opposés. Mais Charles VII. ayant obligé les Anglois à repasser la mer, songea à réformer les déréglemens, & on commença par faire défendre par le Parlement, aux Clercs de la Basoche, de rien mettre dans leurs Farces qui pût offenser la réputation des citoyens, ou blesser la pureté des moeurs. N'ayant pas obéi bien exactement, ces défenses furent renouvellées quelque tems après, & ils reçurent ordre de ne représenter à l'avenir aucune piece qui n'eût été examinée, & ensuite permise par le Parlement. Enfin après bien des permissions & des défenses successives, il fut absolument enjoint aux Basochiens, en 1547, de ne représenter aucune piece sous quelque prétexte que ce pût être ; & depuis ce tems il n'en a plus été question.

Vers le même tems de l'origine du Théatre de l'Hôtel de Bourgogne, le célebre Jodelle, à qui la Tragédie Françoise doit sa naissance, avoit occasionné l'établissement d'un Théatre au college de Reims, & d'un autre au college de Boncourt, où il fit représenter ses pieces devant le Roi Henri II.

Il s'étoit cependant aussi formé quelques Troupes de Comédiens en Province ; une de celles-ci crut, en 1584, pouvoir hazarder de paroître à Paris, dans une Salle qu'elle loua à l'Hôtel de Cluny ; mais au bout de quelques jours le Parlement lui fit défense de continuer.

Des Comédiens Italiens, de Venise, connus sous le nom de Li Gelosi, furent appellés au service de Henri III. & jouerent pendant les Etats de Blois, en 1577, & le Roi leur permit de prendre un demi-teston de tous ceux qui les viendroient voir jouer. Après la fin des Etats ils

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s'établirent à Paris à l'Hôtel de Bourbon ; mais pour se distinguer, ils introduisirent dans leur Spectacle des Pantomimes. Ayant très-bien réussi, les Acteurs de l'Hôtel de Bourgogne s'en alarmerent, firent valoir leurs privileges, & obtinrent, le 10 Décembre 1588, un Arrêt du Parlement qui les maintint dans leurs prérogatives, & fit défense à tous autres, tant François qu'Italiens, de jouer la Comédie & d'avoir aucun Théatre, sous peine d'amende & de prison.

Cette défense n'empêcha pas que les Comédiens Italiens ne continuassent leurs représentations, ayant été maintenus par la jussion du Roi (1), qu'en 1595 des Comédiens venus à Paris, dans le tems de la Foire S. Germain, n'élevassent un Théatre dans cette Foire, en vertu de ses franchises, & que malgré les oppositions des Confreres de la Passion, & des Acteurs de l'Hôtel de Bourgogne, qui furent même maltraités à ce sujet par le Public, ils ne fussent maintenus dans ce droit, par une Sentence du 5 Février 1596 ; a la charge cependant de payer à ces mêmes Confreres deux écus chaque année qu'ils joueroient. C'est à cette époque que l'on peut faire raisonnablement remonter l'origine des SPECTACLES FORAINS de Paris.

En 1600 une autre Troupe de Comédiens de Province, venue à Paris pour profiter de ce privilege, obtint, par une faveur singuliere, fondée apparemment sur l'aggrandissement de Paris, la permission d'élever un Théatre au MARAIS, à l'Hôtel d'Argent, situé au coin de la rue de la Poterie, près la Grève, à condition qu'ils payeroient à chaque représentation un écu tournois aux Administrateurs des Confreres de la Passion. Ayant été fort goûtés, ils se soutinrent avec succès, & se trouvant trop à l'étroit, ils passerent quelques années après dans un jeu de Paulme, au-dessus de l'égout de la vieille rue du Temple, où ils subsisterent jusqu'en 1673, que les deux Troupes furent réunies.

Une nouvelle Troupe de Province vint s'établir vers

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la fin de l'année 1632, au jeu de Paulme de la rue Michel-le-Comte, en vertu d'une permission accordée pour deux ans par le Lieutenant Civil; mais tous les Bourgeois de ce quartier se trouvant fort incommodés du concours de voitures que ce Spectacle attiroit, s'en plaignirent & obtinrent un Arrêt du Parlement, le 22 Mai 1633, qui en ordonna la clôture.

En 1650 des jeunes gens de famille , qui jouoient la Comédie en société, s'étant déterminés à tirer parti de leurs talens , se placerent dans le jeu de Paulme de la Croix-Blanche, au fauxbourg Saint-Germain, & y subsisterent pendant trois ans sous le titre de l'illustre Théatre. Ce fut dans cette Troupe que Moliere débuta.

Moliere étant revenu à Paris de la Province, avec sa Troupe, au commencement de l'année 1658, obtint, après bien des sollicitations, de jouer devant le Roi : on éleva à cet effet un Théatre au Louvre, dans la salle des Gardes, & il en fit l'ouverture le 24 Octobre. Sa Majesté fut si contente de ce Spectacle, qu'elle permit à ces nouveaux Comédiens de jouer, alternativement avec les Italiens (1), sur le Théatre du petit Bourbon, situé vis-à-vis Saint Germain l'Auxerrois, & ils y parurent pour la premiere fois le 3 Novembre de la même année 1658.

La démolition de ce Théatre, du petit Bourbon, ayant été ordonnée, pour édifier le magnifique péristile du Louvre, le Roi voulut que les deux Troupes, Françoise & Italienne, passassent dans la GRANDE SALLE DU PALAIS ROYAL (2), que le Cardinal de Richelieu, qui aimoit beaucoup la Poésie dramatique, avoit fait bâtir pour les Spectacles qu'il vouloit donner. Celle de Moliere y parut pour la premiere fois le 5 Novembre 1660, sous le titre de la TROUPE DE MONSIEUR.

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Le 20 Juillet de cette même année, des Comédiens Espagnols, qui avoient suivi la Reine Marie-Therese débuterent sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne. Ils resterent en France jusqu'en 1672, avec une pension de Sa Majesté, mais ils furent contraints de s'en retourner dans leur pays, leur Spectacle étant devenu désert. Il en arriva à peu près de même à la Troupe de Mademoiselle de Montpensier, qui avoit obtenu la permission de s'établir rue des Quatre-vents, fauxbourg Saint-Germain, en 1661, & qui fut obligée de s'en retourner en Province au bout de quelques mois.

L'année 1661 fut aussi l'époque de la construction du grand THEATRE DES MACHINES des Thuilleries, qui fut élevé sous la conduite & sur les dessins de Vigarani, Italien, pour servir à la représentation des Ballets & des Comédies que Louis XIV. vouloit faire exécuter. Cette magnifique Salle étant peu favorable à la voix, n'a presque servi depuis ce tems qu'à donner différens Spectacles d'un genre nouveau, que le Chevalier Servandoni, fameux Architecte & Peintre de Perspective, a inventés & offerts au Public, avec beaucoup de succès, depuis une vingtaine d'années; savoir, la représentation de l'Eglise de SAINT PIERRE DE ROME, en 1738 ; la BOETE DE PANDORE, en 1739 ; la DESCENTE D'ENEE AUX ENFERS, en 1740 ; les TRAVAUX D'ULYSSE, en 1741 ; LEANDRE ET HERO, en 1742 ; la FORET ENCHANTEE, tirée du Tasse en 1754 ; le TRIOMPHE DE L'AMOUR CONJUGAL, en 1755 ; la CONQUETE DU MOGOL, en 1756; la CONSTANCE COURONNEE, en 1757 ; la CHUTE DES ANGES REBELLES, en 1758. Quelques-uns de ces sujets ont été exécutés avec tant de grandeur & un Spectacle si surprenant (1), qu'on ne peut se lasser d'applaudir à ce genre Pantomime noble, & où le génie de l'Artiste & du Méchanicien trouvent moyen de se développer avec tant de grandeur, d'intérêt & de vérité.

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Le sieur Raisin, Organiste de Troyes, étant venu à la Foire Saint-Germain en 1662, pour faire voir une épinette à trois claviers, dont un des trois paroissoit répéter tout seul les airs que l'on touchoit sur les deux autres, ce qui se faisoit par le moyen du fils cadet de Raisin, qui étoit caché dans le corps de l'épinette, & faisoit mouvoir ce troisieme clavier ; le Roi voulut voir cette prétendue merveille, dont le secret n'étoit pas encore connu, & fut si content du jeune Raisin qu'il lui fit des présens, ainsi que toute la Cour, & accorda à son pere la permission de jouer la Comédie sous le titre de la Troupe du Dauphin. Raisin étant mort en 1664 , la Veuve continua avec les enfans à jouir de ce privilege ; & ayant fait l'acquisition du jeune Baron, qui n'avoit que douze ans, elle attira tout Paris, au point que tous les autres Théatres étoient déserts, & que Moliere obtint un ordre du Roi pour que Baron entrât dans sa Troupe, ce qui fit tomber le Théatre de la Raisin, laquelle prit le parti de se retirer.

C'est ici le lieu de parler succintement de l'établissement de l'ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE.

Le Cardinal Mazarin avoit tenté d'introduire l'Opéra à Paris dès 1645, qu'il fit représenter la FESTA THEATRALE, & il fit venir à cet effet des Acteurs d'Italie, qui donnerent encore, en 1647, ORPHEE ET EURIDICE. La Tragédie d'ANDROMEDE, de Pierre Corneille, avec des machines & des chants, jouée en 1650, étoit encore une espece d'Opéra, ainsi que la plûpart des Ballets de Benserade, que Louis XIV. commença à danser en 1651. Mais comme tout cela ne formoit pas un Spectacle fixe, Pierre Perrin entreprit enfin de surmonter tous les Obstacles & d'établir solidement un Opéra François. Il en fit l'essai en 1659 par la PASTORALE dont Cambert fit la musique, & qu'ils voulurent faire suivre deux ans après d'ARIANE. Dans l'intervalle de ces deux pieces, c'est-à-dire à la fin de 1660, le Cardinal Mazarin fit encore représenter ERCOLE AMANTE. On vit aussi dans le même tems le Spectacle de la TOISON D'OR, qu'Alexandre de Rieux, Marquis de Sourdeac, à qui l'on est redevable de la perfection des machines propres aux opéra, fit donner.

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Perrin obtint enfin, le 28 juin 1669, des Lettres-patentes "portant permission d'établir en la ville de Paris & autres du Royaume, des Académies de Musique, pour chanter en public des pieces de Théatre, comme il se pratique en Italie, en Allemagne & en Angleterre, pendant l'espace de douze années". Mais ne pouvant soutenir seul la dépense excessive qu'exigeoit un pareil établissement, Perrin s'associa pour la Musique avec Cambert, pour les machines avec le Marquis de Sourdeac, & pour fournir aux frais nécessaires avec le sieur Champeron. Ces associés firent venir de Languedoc les plus habiles Musiciens, qu'ils tirerent des Eglises Cathédrales, & on commença les répétitions dans la grande Salle de l'Hôtel de Nevers. Après ces préparatifs, ayant fait dresser un Théatre dans le jeu de Paulme de la rue Mazarine, vis-à-vis la rue Guénégaud, on y représenta, au mois de Mars 1671, l'Opéra de POMONE. Mais Lully ayant obtenu, au mois de Mai 1672, de nouvelles Lettres-patentes en forme d'Edit, supprimant le privilege de Perrin, & portant permission de tenir Académie Royale de Musique, fit construire un nouveau Théatre près du Luxembourg, dans la rue de Vaugirard, par les soins de Vigarani, Machiniste du Roi, qu'il associa pour dix années à un tiers du profit, & il donna, le 15 Novembre, les Fêtes de l'AMOUR DE BACCHUS. Moliere étant mort pendant les représentations de cet Opéra, le Roi donna à Lully la Salle du Palais Royal, où toutes les pieces de ce genre ont été repésentées jusqu'à présent.

THEATRE DE GUENEGAUD: Au moyen de cette derniere disposition la veuve de Moliere avec sa Troupe & celle du Marais réunies, se trouvant sans Théatre, elle acheta la maison sise rue Mazarine, où étoit celui du Marquis de Sourdeac, qui avoit servi, comme on l'a dit précédemment, à représenter deux opéra. Elle y fit, le 9 Juillet 1673, l'ouverture de son Spectacle, qui devint, cinq ans après, le seul de Comédiens François à Paris (1), par la jonction qui se fit par

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ordre du Roi des Troupes de l'Hôtel de Bourgogne & de celle de la rue Guénégaud, le 25 Août 1680, la Salle de cette premiere Troupe ayant été accordée aux seuls Comédiens Italiens. Le college Mazarin ayant été achevé vers ce tems, on représenta au Roi que le voisinage de la Comédie & de ce college pourroit occasionner beaucoup d'inconvéniens ; ce qui engagea Sa Majesté à faire ordonner aux Comédiens, le 20 Juillet 1687, de placer leur Théatre dans un autre endroit. Ils chercherent à acquérir un lieu commode, afin d'y pouvoir former un établissement solide, & n'ayant pu s'arranger de différens terreins qu'ils eurent en vue, tels que ceux de l'Hôtel de Sourdis, de l'ancien Hôtel de Nemours, de l'Hôtel de Lussan, rue de la Croix des petits Champs, de l'Hôtel d'Auch, rue Montorgueil, ils se déterminerent enfin pour le jeu de Paulme de l'Etoile, situé dans la rue neuve S. Germain-des-Prés, avec deux maisons voisines, & c'est-là où, sur les desseins de François d'Orbay, Architecte en réputation, ils firent bâtir la Salle (1) que l'on voit aujourd'hui, dont l'ouverture se fit le lundi 18 Avril 1689.- THEATRE FRANCAIS.

Les Comédiens Italiens, qui étoient demeurés en possession de l'Hôtel de Bourgogne, y continuerent leurs représentations jusqu'au mois de Mai 1697, que leur Théatre fut fermé par ordre du Roi, & eux obligés de sortir de France. Voyez la FAUSSE PRUDE.

Ce Théatre resta vacant jusqu'au mois de Juin 1716, que feu M. le Duc d'Orléans, Régent, ayant appellé une nouvelle Troupe Italienne à Paris, elle s'y établit après avoir, pendant le tems nécessaire à le réparer, débuté sur le Théatre de l'Opéra (2). Cette Troupe prit le titre de

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Comédiens Italiens de S. A. R. Monseigneur le Duc d'Orléans ; mais ce Prince étant mort le 2 Décembre 1723, elle obtint celui de Comédiens du Roi, dont elle jouit encore.

Depuis 1673 nous n'avons donc plus à Paris que trois Spectacles réguliers : l'OPERA, à qui on a donné le titre d'Académie Royale de Musique ; les COMEDIENS FRANCOIS, & les COMEDIENS ITALIENS (1).

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Nous allons finir cette courte Histoire en rapportant quelques usages de ces Spectacles.

En 1609 une Ordonnance de Police défendit aux Comédiens de représenter aucunes Comédies ou Farces qu'ils ne les eussent communiquées au Procureur du Roi, & encore aujourd'hui avant que de représenter une piece nouvelle, il faut en obtenir la permission de la Police. Voyez à ce sujet le BAL D'AUTEUIL.

Anciennement on ne payoit d'entrée au Théatre que dix sols aux Galleries, & cinq sols au Parterre : & lorsque pour des pieces nouvelles, il convenoit faire des frais extraordinaires, le Lieutenant Civil du Châtelet ordonnoit du prix de ces entrées. Du tems de Moliere même on ne donnoit que dix sols au Parterre, mais peu à peu ce prix augmenta. Voyez les CHINOIS. Le 25 Février 1699, par Arrêt du Conseil, il fut haussé d'un sixieme en sus, en faveur des Pauvres de l'Hôpital général. Par autre Arrêt du 30 Août, il fut ordonné que ce sixieme seroit pris sans aucune charge ; & au mois de Février 1716, ce prix fut encore augmenté d'un neuvieme au profit de l'Hôtel-Dieu. Enfin, présentement on préleve le quart de la recette de tous les Spectacles au profit des Pauvres, & il en coûte ordinairement, pour entrer au Théatre François ou Italien ; savoir, au Théatre, Orchestre, Amphithéatre & premieres Loges 4 liv. aux secondes Loges 2 liv. aux troisiemes Loges 30 sols, & 20 sols au Parterre. Quand c'est un Spectacle nouveau & qui demande une dépense extraordinaire, le prix augmente, & l'on donne 6 liv. aux places de 4 liv. 3 liv. aux secondes Loges, & 2 liv. aux troisiemes : à l'égard du prix du Parterre il n'augmente jamais.

Le prix de l'entrée à l'Opéra est toujours uniforme : l'on donne 2 liv. au Parterre & aux troisiemes Loges,

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4 liv. aux secondes Loges, 7 liv. 10 sols aux premieres & à l'Amphithéatre, & 12 liv. sur le Théatre. Le concours est quelquefois si grand qu'on reçoit près de 4500 l. dans un jour (1).

L'Académie Royale de Musique donne pour honoraire au Poète & au Musicien, à chacun 100 liv. pour chacune des dix premieres représentations d'un Opéra, & 50 liv. pour chacune des vingt représentations suivantes.

Autrefois les Comédiens pouvoient avoir douze violons & six voix ; mais par Arrêt du Conseil, du 30 Avril 1673, depuis l'établissement de l'Opéra, le nombre des violons fut restreint à six & celui des voix à trois.

Les Auteurs qui ont composé une grande piece ont, outre le neuvieme du produit des représentations, après les frais prélevés (Voyez les RIVALES), leur entrée libre à la Comédie pendant trois ans, ceux qui ont fait une piece en trois Actes, l'ont pendant deux ans, avec un douzieme ; & ceux enfin qui en ont composé une petite, l'ont seulement pendant un an, avec le dix-huitieme du produit. Lorsqu'on a donné trois grandes pieces ou cinq petites, on a son entrée pour toute la vie : au Théatre François un Auteur jouit de son entrée du jour que sa piece est reçue (2). MM. de l'Académie Françoise sont

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les maîtres d'aller au Théatre François quand bon leur semble sans rien payer : voyez à ce sujet ERPHILE ; & ensuite, pour quelques autres particularités des Spectacles, ALCIONE ; L'ENFANT PRODIGUE ; ISIS ;le MARIAGE DE BACCHUS ; ORION ; les PRECIEUSES RIDICULES, & ROMULUS.


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